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Interview : Jérémy Fain, CEO de Verteego

[Rencontre et échanges aujourd'hui avec le jeune patron de Verteego, éditeur SaaS français spécialisé dans les problématiques "green"]

Jérémy Fain – Verteego

Bonjour Jérémy Fain. Vous êtes le co-fondateur et le dirigeant de Verteego, éditeur de solutions SaaS dans le domaine du « green ». Pouvez-vous nous parler de vous en quelques mots ?

Bonjour et merci WeLoveSaaS. J’ai cofondé Verteego au sortir de mes études avec Rupert Schiessl, qui porte la vision produits et dirige nos développements, Damien Arbault, qui a apporté la vision scientifique de ce que représente la comptabilité environnementale, et Vianney de Villemeur, qui est notre architecte logiciel.

J’ai toujours été passionné par la technologie au sens large, et l’industrie du logiciel en particulier. J’ai comme beaucoup de gens de ma génération une certaine sensibilité écologique, sans être militant pour autant, mais surtout la certitude que les intérêts environnementaux, c’est-à-dire pour faire simple une moindre consommation de ressources naturelles, vont dans le sens d’une meilleure gestion de nos finances et du bien-être social.

L’élément déclencheur pour moi de l’aventure Verteego fut le sentiment qu’il y avait une gigantesque opportunité de bâtir le premier éditeur de solutions SaaS d’évaluation, de traçabilité et de management énergétique, environnemental et toxicologique pour les entreprises et les collectivités. Le SaaS, c’était ma conviction et c’est maintenant également celle de nos clients, est pour Verteego un modèle technologique et économique extraordinairement différenciant – notamment face aux mammouths du logiciel qui peuvent se lancer sur nos marchés, ou encore face aux SSII qui proposent des développements spécifiques. Notre objectif étant de positionner Verteego comme le fournisseur unique des besoins des entreprises sur les sujets environnementaux.

Vous présentez les solutions de Verteego comme des solutions permettant aux entreprises de mesurer et suivre l’empreinte environnementale des opérations, de la chaîne d’approvisionnement ainsi que des produits et services…
Concrètement, à quel problème répondez-vous ?

Les décideurs en entreprise sont de plus en plus amenés à intégrer des critères environnementaux dans leurs réflexions. Or, problème, leurs scorecards, tableaux de bord, et autres systèmes d’informations n’ont dans la très grande majorité des cas pas du tout la compétence environnementale. C’est-à-dire que les systèmes d’aide à la décision couramment utilisés ne « parlent pas » l’environnement.

D’où notre idée très simple: fournir des composants logiciels facilement interopérables avec les systèmes d’information en exploitation dans les entreprises, pour enrichir la prise de décision d’indicateurs environnementaux à tous les niveaux.

En quelque sorte, nous permettons à nos clients de faire ce qu’ils disent et de dire ce qu’ils font.

Concrètement, comment se passe la mise en route de vos logiciels, au sein d’une entreprise ?

C’est très simple. Nous sommes dans un contexte B-to-B: le lendemain de la réception d’un bon de commande signé, la solution est activée. La formation dure quelques heures, se passe en ligne, et est en général programmée dans les 2 à 3 semaines qui suivent l’activation de l’instance client sur la plateforme.

Sachant que nos clients sont de plus en plus gros par leur volume d’activité, les temps de mise en exploitation peuvent s’allonger en fonction des demandes de leurs besoins de paramétrage, d’intégration avec l’ERP ou le PLM, ou encore de reprise de données.

Verteego

Si l’on imagine bien que les grands comptes sont des clients naturels pour vous, qu’en est-il des PME ? Sont-elles dans vos cibles de clientèle ?

Plus qu’une taille d’entreprise, nos cibles de clientèle sont avant tout sectorielles. Nous visons 3 segments de marché:

  • ce que nous appelons EEI (Energy Efficient Infrastructure) qui représente les grands exploitants bâtimentaires (grand tertiaire, banques, assureurs, utilités, collectivités, administrations,…) et leurs fournisseurs (BTP, promotion, fournisseurs de matériaux, facility managers…)
  • ce que nous appelons ICS (Industry & Complex Systems) qui représente le manufacturing (aéronautique, électronique, énergie, transport,…) et les logisticiens
  • ce que nous appelons CPG (Consumer Packaged Goods) qui représente les marques et autres produits au contact des consommateurs

Ensuite, pour répondre pleinement à la question, les PME sont évidemment les bienvenues: cela sera toujours un honneur de compter des dirigeants visionnaires parmi nos clients. Ensuite, la valeur de la systématisation d’un processus avec du logiciel est une fonction croissante de la complexité d’une organisation. Donc il semble normal que ce soient les grands comptes, plus exposés, plus puissants, plus attendus, qui les premiers dégagent les budgets de souscription à des systèmes de traçabilité environnementale. Pourtant, vous seriez surpris du nombre d’entreprises du CAC 40 qui disposent encore en 2012 de processus artisanaux, d’équipes de stagiaires ou de CDD, et de feuilles de calcul pour gérer ces sujets importants.

Dès le départ, vous avez choisi le mode SaaS pour développer vos solutions. Comment et pourquoi avez-vous pris cette décision ?

Le SaaS s’imposait pour nous comme une évidence pour des raisons sociales, économiques et environnementales en ligne avec nos valeurs :

  • socialement, nos équipes sont beaucoup plus motivées de voir les fonctionnalités développées utilisées par les clients immédiatement, sans avoir à attendre la mise à jour semestrielle ;
  • économiquement, nos clients disposent d’un service qui évolue en permanence dans le sens de leurs besoins pour un budget « tout inclus » maîtrisé et sans surprise car fonction de leurs usages ;
  • sur le plan de l’environnement, la mutualisation voulue par le cloud implique un ratio optimal d’utilisation des ressources matière et énergie.

Rencontrez-vous encore des craintes ou des interrogations quant au SaaS, chez vos clients ? De quels types ?

Nous rencontrons des interrogations majeures chez certains de nos clients face au SaaS, qui reste selon moi un modèle à évangéliser dans la grande majorité des entreprises.

En effet, de nombreuses entreprises, par la faute d’éditeurs qui affirment faire à la fois de la licence et du SaaS (ce qui n’est par construction pas possible), ne font pas la différence entre un modèle de licence hébergée d’une part et le SaaS d’autre part. La valeur du SaaS, outre l’hébergement externe, repose surtout dans la multi-tenancy, c’est-à-dire la capacité qu’a l’éditeur à ne maintenir qu’une seule base de code pour tous ses clients, et à ne pas nécessairement facturer les demandes de nouvelles fonctionnalités disposant d’un caractère universel car cela va dans le sens d’une amélioration de sa plateforme.

Autres problèmes rencontrés, dans le désordre:

  • le SaaS impose de dégager un budget chaque année alors que les habitudes des entreprises en matière de logiciel sont d’avoir un budget d’acquisition en année 1 et un budget de maintenance beaucoup plus faible les années suivantes; par conséquent, il vaut mieux marketer son logiciel en SaaS comme un service! en mettant en avant le support aux utilisateurs et le fait que le service évolue d’année en année
  • certaines entreprises ont ce sentiment, par ailleurs tout à fait respectable, qu’elles doivent tout « posséder » pour bâtir un actif ; bien sûr avec le SaaS elles possèdent leurs données, mais elles souhaitent également posséder la technologie pour avoir l’impression de la maîtriser (quand bien même, par exemple, elles ne possèdent pas mais louent leurs lignes téléphoniques où transitent pourtant des informations extrêmement confidentielles). Encore une fois donc, mieux vaut selon moi vendre le SaaS comme un service, en mettant en avant les services rendus au sens propre du terme, que comme une plateforme technologique.

Je pourrais continuer longtemps, mais pour me résumer, disons que chez la plupart de nos clients nous sommes l’une des premières, sinon la première, solutions SaaS déployées. L’entreprise parle beaucoup plus de SaaS et de Cloud que l’on en achète.

Y-a-t’il des chantiers que les éditeurs doivent entreprendre, à vos yeux, pour assurer à la filière le plus de chances de succès, dans son ensemble ?

Clairement oui. Selon moi, LE chantier prioritaire est la consolidation: il y a beaucoup trop de petits acteurs de l’édition de logiciels en France. Des milliers paraît-il. Les éditeurs, et cela concerne Verteego, doivent apprendre à joindre leurs forces pour bâtir des acteurs de taille critique au niveau européen puis mondial: le logiciel en général, en particulier en mode SaaS, impose des investissements tellement importants qu’il est difficile de faire une société rentable au niveau hexagonal. De plus, moins d’acteurs, mais des acteurs plus pertinents, plus ambitieux, plus puissants, mieux armés, facilitera l’adoption du SaaS par des entreprises rassurées de la pérennité du modèle et de la vision de ses entrepreneurs.

Merci Jérémy Fain, CEO et co-fondateur avec Rupert Schiessl de Verteego !

Après avoir créé plusieurs entreprises, dirigé l’incubateur de startups d’HEC pendant 3 ans, et été responsable marketing chez Microsoft, en charge de la relation avec les éditeurs de logiciels, Guilhem lance aujourd’hui une nouvelle startup dans le domaine du SaaS B2B. Il est, avec Clément Vouillon, l’un des fondateurs de WeLoveSaaS.

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